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Portraits par Remy de Gourmont par Louis Denise
AXËL de Villiers de l'Isle-Adam - Villiers de l'Isle-Adam - Francis Poictevin - Berthe de Courrière
Par
Remy de Gourmont
| Extraits de
"Portraits du prochain siècle" |
![]() |
Villiers de l'Isle-Adam fut l'une des grandes influences de Remy de Gourmont et de nombreux symbolistes. Gourmont écrira de quelques articles sur Villiers celui qui suit figure dans la rubrique "Livres" du N° 3 du Mercure de France de mars 1890, il semble donc que ce soit le premier article de Gourmont sur Villiers.
AXËL par
Villiers de l'Isle-Adam (Quantin, 1890, I vol. in-8)
- C'est une illusion de Villiers
de croire que les premieres publications de ses oeuvres ne se présentaient
qu'à l'état d'ébauches, nécessitant de rigides corrections.
Souvent, lors de la mise en volume, à peine, cà et là,
avait-il changé un substantif trop vulgaire, ajouté quelques épithètes
choisies non pour leur rareté, mais pour leur force explosive de suggestion.
Axël devait être plus profondément remanié,
et on trouve, en effet, lorsque l'on compare les deux versions, quelques traces
de reprises en sous-oeuvre dans les trois premières parties. Malheureusement,
c'était surtout la conclusion pour laquelle il avait médité
de notables modifications, et, comme l'indique la note finale, la maladie ;
puis la mort ne lui ont permis qu'à peine d'en relire les épreuves.
Dans le suicide des deux vierges amants, la Croix devait apparaître, réprobatrice
de l'acte par lequel "deux êtres humains viennent ainsi de se vouer
eux-mêmes leurs âmes à l'exil du ciel".
On peut cependant juger que cette simple phrase suffit pour affirmer la croyance
chrétienne de Villiers. En appuyant, il eût aggravé le malentendu
qui déjà pése sur le drame et en obscurcit la signification
: Conçu par un idéaliste hégélien, Axël,
a été écrit par un catholique adonné - oh ! théoriquement
- aux sciences secrètes ; de là une triple antinomie que le génie
de l'écrivain ne pouvait concilier. L'idéalisme triomphe, puisque
Axël et Sara admettent, en fauchant volontairement la fleur de leurs joies
d'amour, que l'accomplissement réel de leurs désirs,
que la jouissance des baisers, des voyages, des richesses, palpables à
leurs pieds, seraient inaptes à leur donner un bonheur inexistant hors
l'idée. Mais le suicide laisse l'impression que les magnifiques
amants se sont trompés de porte, qu'ils auraient dû frapper, étant
chrétiens, non pas celle de l'enfer, mais celle du renoncement. Comme
littérature, Axël est le grand oeuvre de Villiers, d'une
radieuse gloire verbale, d'une richesse d'art plus éblouissante que toutes
les pierries qui ruissellent dans les cryptes du burg d'Aversperg. Ce sont des
phrases d'une spiritualité douloureuse, comme Villiers seul sut en concevoir
: "Vous serez la fiancée amère de ce soir nuptial..."
- "Sara, souviens-toi de nos roses dans l'allée des sépultures..."
Et en une alternance de telles musiques, de tels versets sacrés, tout
le livre se déroule. Pour celui qui déploya de pareils rêves,
voilures gonflées vers l'infini, la vie quotidienne n'existait que très
peu : il ne fut ni pauvre, ni malade, ni dédaigné ; mais royalement
riche, comme Axël, jeune et fort comme Axël, et comme Axël aimé
de Sara, l'énigmatique princesse. C'est la perpétuelle revance
des grands idéalistes, ignorés de la foule - et de plus d'un de
leurs amis - qu'en réalité ils habitent un autre monde, un monde
créé par eux-mêmes, simplement évoqué par
de simples paroles, car "tout verbe, dans le cercle de son action, crée
ce qu'il exprime." Grâce à ce sortilège, Villiers dompta
les mauvaises aventures où d'autres auraient sombré : et il lui
fut accordé d'écrire ces drames et ces contes, ces ironies et
ces lyrismes par lesquels il demeure pour nous, amis de la première ou
de la dernière heure, le maître inoubliable et absolu.
R. G.
Sur Villiers par Gourmont voir : « Quelques variantes d'Axël », La Revue indépendante, juillet 1890, pp. 49-63, "Notes sur Villiers de l'Isle-Adam (pages inédites; - "Le Vieux de la Montagne"; - L'Art idéaliste), Mercure de France N° 8, Août 1890, pp 257-264, « Les livres » Villiers de l'Isle-Adam, par A.-S. (A. Symons), dans l' Illustrated London News, 24 janvier 1891, Mercure de France, mars 1891, « Souvenirs sur Villiers de l'Isle-Adam », Le Journal, 1894, « Villiers de l'Isle-Adam », Portraits du prochain siècle, Edmond Girard, 1894 & L'Arche du livre, 1970, « Villiers de l'Isle-Adam », Le Livre des Masques, 1896, « Anaïs Fargueil », Épilogues, 1903, « Un carnet de notes sur Villiers de l'Isle-Adam... », Promenades littéraires, 2e série, 1906, « Villiers de l'Isle-Adam », Promenades littéraires, 4e série, 1912
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